Ballade à Kochi, Kerala

Lever à 6h45, quelques pas dans les rues désertes de Bangalore pour trouver un rickshaw, et me voila parti. Première incursion en dehors de la ville. Un léger sac à dos sur mes épaules, l’impression de faire partie du pays.
40mn de vol plus tard, l’avion amorce sa descente sur Kochi.
Vu du ciel, la région ressemble à ce qu’on imagine de l’Amazonie, une immense foret très dense au milieu de laquelle se fraye une grande rivière beige, inondant ses abords par des bras qui en s’éloignant puis se rapprochant de la source principale, font comme une danse souple et gracieuse.

La porte de l’appareil s’ouvre sur le tarmac, et c’est une bouffée d’air brulant et humide qui vient frapper le visage du voyageur à moitié endormi par la climatisation de l’avion.
40 minutes de voiture, une excelensior des années 60, un petit air de Cuba, et enfin Fort Kochi.
Situé au bord de la mer, cette ville fut sous le contrôle des hollandais, puis des portugais, et recèle de ce fait des dizaines de petites maisons coloniales que l’humidité dévore doucement en recouvrant les couleurs vives par un tapis de mousse et de petites plantes.

Je retrouve mes compères français à l’église St Francis, ou fut jadis enterré Vasco de Gama, mort dans cette ville, bien loin de chez lui. L’intérieur de l’église est en bois peint en jaune, et minutieusement sculpté, lui donnant un aspect léger et renforçant l’impression de fraicheur ambiante.
Direction ensuite le Dutch Palace, qui n’a de hollandais que les plafonds en cabochons en bois foncés, puisque l’architecture est due aux portugais.

A fond d’une allée s’élève un ensemble de bâtiments construit en 1555 par les portugais et offerts par ces derniers au Raja de Cochin en échange probable de privilèges commerciaux.
L’intérieur de ce grand bâtiment décati est extraordinaire. Des murs entiers sont recouverts de fresques racontant l’histoire de Shiva, le tout dans une ambiance de recueillement particulièrement impressionnante. la salle centrale, ou sont présentés des palanquins servait à l’époque de salle de couronnement aux rajas. Tres belle présentation d’habits des monarques, tous brodés d’or et d’argent.

En sortant, direction les boutiques de courtas, l’habit traditionnel en tissu léger d’ici, indispensable pour résister à la chaleur écrasante de l’endroit.
Nous passons devant les filets de pêches chinois, près desquels nous nous baladerons le lendemain et rentrons dans le quartier juif de la ville, entouré et harcelé par les dizaines de boutiques d’antiquités. Une d’entre elles a, en son centre, un bateau, une barque en bois d’une cinquantaine de mètres… parfait à mettre au milieu des champs à Bonni… mais la peur de l’excedent de bagages me fait rebrousser chemin 🙂
Déjeuner royal au bord de l’eau sur une petite jetée agrémentée de cinq six tables, avec une dégustation de seiche à la noix de coco suivis de bananes au miel… un bonheur.
L’après midi se passe à se balader en évitant les douches de pluie tièdes.
La nuit est tombée à Fort Kochi. L’air est encore bien lourd, mais un petit vent tiède balaye les rues détrempées.
Tout le petit groupe (Celine, Charlotte, Olivier, Greg et moi) décidons de tester les massages aux huiles ayurvédiques.
Bon, l’expérience est mitigée, le fait de se faire balancer 2 litres et demi d’huile sur le corps est vraiment agréable, mais, et c’était ma première fois, se faire masser par deux costaux, même extrêmement professionnels, je ne peux pas..
Diner sous une paillote à organiser la journée de demain, avec au programme, la synagogue, le musée portugais, les filets de pêches et peut être une ballade en bateau..

Première escale de la journée, une galerie d’art moderne derrière laquelle on trouve un petit patio entouré de plantes tropicales et remplie d’étrangers, spécialement de français (merci au routard). Nous dévorons des “french toasts” accompagnés de cinq ou six fruits tropicaux, des souvenirs mexicains et costa ricains flottent autour de moi.
Jolie balade jusqu’à la synagogue de Fort Kochi dont les carreaux de faïence bleue peints à la main au XVIIIe siècle à Canton font penser aux asulejos que l’on trouve au détour des rues de Lisbonne.
Nos pas nous entrainent ensuite à travers un dédale de rues désertes, parsemées de flaques d’eau et d’arbres en fleur, au musée archéologique portugais qui recèle d’objets de culte chrétiens provenant des diverses églises de Kochi avant que celles ci, en bois, ne fussent détruites puis pour certaines reconstruites.
Une bible écrite en syriac attire particulièrement mon attention, pas de caractère ostentatoire mais une vraie majesté dans ses caractères minutieusement dessinés.

Quelques metres nous suffisent pour rejoindre les filets de pêche, mais un vieil homme nous alpague, et contrairement à nos habitudes d’indiens en devenir, nous nous laissons faire et embarquons pour une heure à bord d’un petit bateau, et profitons sous un beau soleil de la vue de Fort Kochi et des bateaux de pêche qui reviennent chargés du large. Quel bonheur de se retrouver bringueballé par les vagues, de sentir cette masse vivante sous mes pieds. J’ai pensé à vous, Guillaume et Sarah, lors de votre traversée de la baie de HK, c’est vrai que ces sensations sont uniques et trop rares… vivement Hoedic !!

Nous passons à coté de toute la flotte de pêche, ou apparemment la journée commence, preuve en est des pêcheurs qui se lavent à grande eau sur les ponts, ou qui finissent leur nuits affalés sur les cordages.
On aurait bien poussé un peu plus loin, mais le temps passant vite et les estomacs criant famines, nous revenons à bon port pour aller chercher notre déjeuner au marché au poissons.
Le principe est le suivant, on va chercher le poisson qu’on veut au marché. Après une palabre pour faire baisser les prix , tout est mis dans un sac et porté par le cuistot du restaurant d’à coté pour y être cuisiné… direct du producteur au consommateur ! La Terre est très plate à Kochi…
Donc, donc, dans mon assiette, pour 2 euros, une énorme, une gigantesque langouste et des gambas grillées à l’ail viennent parfaire ce festin.
Une mini tempête s’abat sur le restaurant pendant notre déjeuner, je n’ai jamais vu une violence pareille dans ce vent et cette pluie. Impressionnant.
La patience étant de mise, et la rapidité des moustachus étant ce qu’elle est, c’est au bout de 2h30 que nous sortons prendre notre rickshaw qui nous ramène à l’hôtel, puis à l’avion, et déjà, c’est le retour à Bangalore.
Vivement la semaine prochaine

Au dessus de l’Iran
Le monde est injuste